_______Minuit. La pénombre recouvre les rues de Paris. _______ Personne.
_______Au lieu de l'agitation coutumière de la capitale, les rues sont vides. Le brouillard d'hiver donne une impression d'irréalité. Les gens préfèrent sûrement rester au chaud chez eux, dans la sécurité de leur maison.
_______Tous, sauf eux.
_______Sortant la nuit, dormant le jour, ils restent cachés des humains, et les nuits somme celles-ci sont leurs préférées. Les nuits froides, sombres. Et par-dessus tout, les nuits de pleine lune. Mais ce sont aussi pendant ces soirées-là que sortent leurs ennemis jurés. Comme eux amateurs de solitude, et redoutant plus que tout la lumière, ils vénèrent la lune, et quand elle se montre entière, toute la population va faire la fête dans les villes. Oui, sous le nez des humains, qui, bien sûr, ne se doutent de rien.
Sortant du couvert d'un immeuble, une ombre se glisse sur le trottoir, profitant de chaque cachette provisoire pour demeurer invisible. Se coulant derrière un panneau publicitaire, elle réajusta sa cape couleur de nuit sur ses épaules étroites, lissa du plat de la main ses cheveux sombres, et sortit de son abri en marchant d'un pas assuré. Elle avait pris soin d'enlever tout ornement indiquant son rang, sa famille, et sa place dans la communauté. Aux yeux de ceux qu'elle attendait, elle faisait figure d'une vulnérable humaine. C'était ce qu'elle voulait.
_______Elle marcha d'un pas insouciant vers l'endroit prévu.
_______Dans la nuit, une cinquantaine d'yeux la fixent, menaçants.
_______Elle est sur le territoire des Kannst.
_______La plupart des gens les considèrent comme des monstres sanguinaires, tuant pour le plaisir. En réalité, ils sont un véritable peuple, bâti autour de leur adoration pour la lune. Un scientifique a un jour remarqué qu'à chaque pleine lune, les femelles se retiraient dans un coin isolé, où elles pondaient une dizaine d'œufs. Lesquels restaient enfouis sous terre jusqu'à leur éclosion. Se nourrissant de chair humaine, ils s'attaquent aux hommes pendant leur sommeil, car ils craignaient la lumière du jour.
Pas très intelligents, mais incroyablement robustes et déterminés, la jeune femme aurait cependant pu se débarrasser d'eux sans problèmes, du fait de ses incroyables pouvoirs. Mais l'intervention aurait sûrement alerté les habitants de la ville, ce qu'elle voulait éviter à tout prix.
_______Une hibou hulula. ____________ Le signal.
_______La jeune femme sortit une carte routière de sa poche, et se plongea dedans, comme si elle était perdue.
_______Les monstres, pensant que son attention serait relâchée, en profitèrent pour attaquer. Ils se déployèrent dans la pénombre tout autour de leur proie, qui était toujours dans son plan, comme si elle ne se doutait de rien. Soudain, le chef du groupe se rua sur elle. Comme toute personne normale voyant surgir de la nuit une cinquantaine de monstres visiblement prêts à tuer, elle se mit à crier, un faux hurlement extrêmement convaincant. Telle une jeune humaine terrorisée, elle s'effondra par terre. Une fois au sol, comme convenu avec ses compagnons, elle s'entoura d'un champ de protection, invisible et résistant à toute attaque. Puis elle rouvrit les yeux afin de ne pas perdre une miette du spectacle qui se déroulait devant elle : cachés dans les immeubles environnants, ses collaborateurs étaient en train d'achever de tuer les derniers Kannst. Ils tiraient depuis les toits ou les balcons des alentours, avec un arc, des lances ou de vieilles arbalètes. Leurs ennemis s'étaient regroupés au centre de la rue. Ils paraissaient effrayés. Leurs corps puissants étaient faits pour le corps à corps ou pour un combat à découvert. Pas pour cette tuerie ! Les flèches jaillissaient autour d'eux, semblant apparaître de nul part, et, sans aucun bruit, tuaient à chaque coup, d'une précision mortelle. Sans même s'en rendre compte, ils étaient à terre, tués ou blessés à mort. Quant à la jeune femme, les armes atterrissaient tout autour d'elle sans mal, protégée qu'elle était par son champ de force.
Une flèche empoisonnée abattit le dernier monstre, et, longtemps après que son cri de douleur se fut éteint dans l'air, un lourd silence plana sur le massacre. Non pas de tristesse à l'idée d'avoir assassiné toutes ces vies, mais un silence d'attente. Les flèches volaient vite, atteignaient leurs cibles à chaque coup, sans bruit, mais rien ne pouvait empêcher les victimes de hurler, à l'approche de la mort. Et ils craignaient d'avoir alerté des humains.
_______Après quelques minutes, ils se détendirent. ______ Rien à signaler.
La jeune femme se libéra de son champ de protection et admira le carnage. Tout autour d'elle, des corps abandonnés dans la position où la vie les avait quittés. Des cadavres sanguinolents, des morts effondrés, empilés les uns sur les autres. Sur la route, le sang s'écoulait lentement, laissant une traînée sombre sur le bitume. L'odeur âcre de la bataille flottait encore dans l'air quand elle s'approcha du monceau de chair, d'où émergeaient quelques flèches plantées dans les corps. Plus d'une soixantaine de Kannst avaient été tués cette nuit-là.
_______Devant l'étendue des dégâts, un sourire démoniaque étira ses lèvres, découvrant deux canines blanches, pointues, et longues de plus de deux centimètres.
_______________________ Un vampire.